À partir du 1er janvier 2026, votre épargne « tranquille » va clairement changer de visage. Les taux du Livret A, du LEP, du PEL et des autres livrets réglementés bougent à nouveau. Certains baissent, d’autres montent. Et derrière ces chiffres en apparence modestes, il y a, pour vous, des dizaines voire des centaines d’euros en jeu sur quelques années.
Alors, faut-il paniquer, tout déplacer, ou au contraire ne rien toucher du tout ? Prenons les choses dans l’ordre et regardons, calmement, ce qui vous attend et comment ajuster votre stratégie sans stress.
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Pourquoi les taux vont encore bouger début 2026
Les taux de vos livrets ne sont pas fixés « au doigt mouillé ». Pour le Livret A et les produits qui en dépendent, la Banque de France utilise une formule qui combine deux éléments simples :
- l’inflation moyenne hors tabac, c’est-à-dire la hausse générale des prix,
- un taux interbancaire de référence, l’€STR, qui reflète le coût de l’argent entre banques.
Quand les prix augmentent moins vite, l’inflation baisse. Quand l’argent circule à moindre coût entre les banques, l’€STR recule. C’est exactement ce qui est attendu pour la fin 2025 : une inflation hors tabac autour de 1 % et un €STR qui tourne vers 1,8 % en moyenne.
Avec ces deux indicateurs en repli, la formule tire mécaniquement les taux des livrets réglementés vers le bas. L’État garde une petite marge pour arrondir ou corriger, mais la tendance est claire : la période des livrets très bien rémunérés, comme entre 2023 et début 2025, s’éloigne peu à peu.
Livret A : vers un taux autour de 1,40 % au 1er février 2026
Le Livret A reste le pilier de l’épargne en France. Plus de huit ménages sur dix en possèdent un. Après une première baisse en août 2025 (de 2,40 % à 1,70 %), une nouvelle révision est attendue au 1er février 2026.
En appliquant la formule actuelle aux données estimées, on arrive à un taux théorique proche de 1,40 %. Soit une baisse d’environ 0,30 point par rapport aux 1,70 % précédents.
En chiffres concrets pour 10 000 € placés sur un an :
- à 1,70 %, vous obtenez environ 170 € d’intérêts bruts,
- à 1,40 %, vous descendez à environ 140 € d’intérêts bruts.
Sur quelques milliers d’euros, l’écart peut sembler modéré. Mais si vous laissez 30 000 € sur votre Livret A pendant plusieurs années, la différence finit par représenter quelques centaines d’euros. D’où une idée clé pour 2026 : garder un matelas de sécurité important sur Livret A, oui, mais éviter d’y laisser des sommes très élevées sans projet précis.
LDDS et livret jeune : dans le sillage du Livret A
Le LDDS (Livret de développement durable et solidaire) suit automatiquement le Livret A. Son taux est toujours identique. Si le Livret A tombe vers 1,40 %, le LDDS passera lui aussi autour de 1,40 %.
Pour le livret jeune, chaque banque fixe le taux, mais elle ne peut jamais descendre sous le taux du Livret A. Dans les faits, beaucoup d’établissements s’alignent pile dessus. Résultat : une baisse du Livret A se traduit, presque à coup sûr, par une baisse des livrets jeunes dans la plupart des banques.
Début 2026, vous pouvez donc vous attendre à ceci :
- Livret A : taux théorique autour de 1,40 %, exonéré d’impôt et de prélèvements sociaux,
- LDDS : même taux, même fiscalité,
- livret jeune : au moins égal au Livret A, souvent identique.
Ces produits restent parfaits pour une épargne disponible, sûre, pour les jeunes comme pour les foyers prudents. Mais leur capacité à faire vraiment progresser votre capital devient limitée si l’inflation se maintient autour de 1 % ou un peu plus.
LEP : toujours le meilleur taux, mais un peu moins protecteur
Le Livret d’épargne populaire (LEP) s’adresse aux foyers modestes. Son but est clair : offrir un taux plus élevé que le Livret A pour protéger un peu mieux le pouvoir d’achat des ménages les plus fragiles.
Actuellement, son taux est de 2,70 %. Si l’écart habituel d’environ un point avec le Livret A est préservé, un Livret A autour de 1,40 % conduirait à un LEP vers 2,40 % en février 2026. Une application stricte de la formule pourrait même donner un chiffre plus proche de 1,90 %. L’État garde néanmoins la possibilité de maintenir un niveau plus généreux pour soutenir ces ménages.
Même à 2,40 %, le LEP resterait, de loin, le livret réglementé le plus intéressant pour les personnes éligibles, grâce à trois atouts majeurs :
- un taux supérieur aux autres livrets,
- une garantie totale de l’État,
- aucun impôt sur le revenu ni prélèvements sociaux.
Êtes-vous éligible au LEP ? Un réflexe à adopter en 2026
Des millions de Français pourraient ouvrir un LEP mais n’en ont pas. Souvent par méconnaissance, parfois par crainte de démarches compliquées. Pourtant, avec la baisse des autres taux, vérifier votre éligibilité devient un geste presque indispensable.
Un exemple concret pour 5 000 € d’épargne de précaution :
- sur un Livret A à 1,40 % : environ 70 € d’intérêts bruts par an,
- sur un LEP à 2,40 % : environ 120 € par an.
Soit près de 50 € de différence chaque année. Sur plusieurs années, cela finance une facture d’énergie, une partie des courses ou une petite sortie en famille. Sans prendre plus de risque.
Si vos revenus ne sont pas très élevés, prendre quelques minutes pour contrôler votre situation sur le site de votre banque, ou directement en agence, peut vraiment changer la donne.
CEL : un rendement de plus en plus en retrait
Le Compte épargne logement (CEL) a déjà vu son taux passer de 1,50 % à 1,25 % en août 2025. Avec la baisse générale, une nouvelle réduction début 2026 est possible.
En dessous de 1,25 %, le CEL perd beaucoup de son attrait comme support de placement pur. Les droits à prêt immobilier associés, autrefois un réel atout, souffrent aujourd’hui de la concurrence des offres classiques du marché, souvent plus flexibles.
Le CEL garde un intérêt si vous avez une stratégie immobilière très précise et structurée. Mais dans le paysage actuel, son rôle en tant que produit de rendement reste franchement secondaire, surtout face à un LEP ou à un PEL bien utilisés.
PEL : le grand gagnant de 2026 avec un taux porté à 2 %
Au milieu de cette ambiance plutôt morose, le Plan épargne logement (PEL) fait figure d’exception. Pour les PEL ouverts à partir du 1er janvier 2026, le taux brut passerait de 1,50 % à 2,00 %.
Pourquoi cette hausse alors que le reste recule ? Parce que le mode de calcul du PEL est largement distinct de celui du Livret A. Et parce que les pouvoirs publics veulent encourager l’épargne dédiée à un projet immobilier.
Un PEL ouvert en 2026 offrirait ainsi :
- un taux de 2 % brut, garanti sur toute la durée du plan,
- un cadre spécifique pour préparer un achat ou des travaux,
- une visibilité intéressante si les taux de crédit remontent plus tard.
Attention toutefois : les intérêts du PEL sont soumis, en règle générale, au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % (impôt + prélèvements sociaux), sauf cas particuliers. Malgré cette fiscalité, la garantie d’un taux stable peut rester attractive si vous planifiez un achat à l’horizon de quelques années.
Vos anciens PEL : un trésor à ne pas fermer trop vite
Point crucial : les PEL déjà ouverts ne changent pas de taux. Les conditions fixées lors de l’ouverture restent gravées dans le contrat. Et c’est là que les choses deviennent très intéressantes pour vous.
Certains PEL, surtout ceux ouverts avant 2011, affichent encore des taux de 2,50 % ou plus. À l’époque, les niveaux de rémunération étaient plus élevés. Vous bénéficiez donc encore aujourd’hui de ces conditions avantageuses.
Quelques repères indicatifs :
- PEL ouverts à partir du 1er janvier 2026 : environ 2,00 % brut,
- PEL « récents » ouverts après 2016 : autour de 1,00 % à 1,50 % brut selon l’année,
- PEL plus anciens (avant 2011) : souvent 2,50 % brut ou davantage.
Avant de clôturer un vieux PEL pour « profiter » du nouveau taux à 2 %, il est essentiel de faire un calcul précis. Dans la plupart des cas, un ancien PEL bien rémunéré reste une véritable pépite dans votre patrimoine, même si les règles de versement sont plus rigides et que l’argent n’est pas disponible aussi librement qu’un livret.
Comment adapter votre stratégie d’épargne à ces nouveaux taux
Voir les taux baisser n’est jamais agréable. Mais cela ne signifie pas qu’il faut tout chambouler ni foncer tête baissée vers des placements risqués. Les livrets réglementés gardent trois forces majeures :
- un capital entièrement sécurisé,
- une disponibilité rapide en cas de coup dur,
- souvent une exonération d’impôt sur le revenu (Livret A, LDDS, LEP, livret jeune).
Une organisation simple et efficace consiste à penser votre épargne en trois « poches » distinctes :
- 1. Votre matelas de sécurité : entre 3 et 6 mois de dépenses courantes, à placer sur Livret A, LDDS ou LEP selon votre situation. C’est votre airbag financier.
- 2. Vos projets à moyen terme (3 à 8 ans) : achat immobilier, travaux, études des enfants. Ici, un PEL ou d’autres options immobilières peuvent prendre le relais.
- 3. Le long terme : préparation de la retraite ou de gros objectifs lointains. Ce volet peut intégrer des enveloppes plus dynamiques comme l’assurance-vie en unités de compte ou un PEA, si vous acceptez une part de risque.
Dans cette logique, la baisse des taux ne vous force pas à abandonner les livrets. Elle vous incite plutôt à éviter d’y laisser des montants bien supérieurs à votre besoin de sécurité, une fois vos projets clairement identifiés.
L’impact réel sur votre épargne : quelques exemples parlants
Pour mesurer l’effet de ces ajustements, rien de mieux que quelques cas chiffrés.
Imaginons 10 000 € placés pendant un an :
- à 1,70 % sur un Livret A : environ 170 € d’intérêts bruts,
- à 1,40 % sur le même Livret A : environ 140 € d’intérêts bruts.
La différence de 30 € peut sembler modeste sur un an. Mais à taux constant sur cinq ans, vous perdez environ 150 € de gains potentiels. Et si l’on parle de 30 000 €, l’écart grimpe approximativement à 450 € sur la même durée. De quoi justifier, à l’échelle d’un patrimoine, quelques ajustements réfléchis.
Autre illustration pour une personne éligible au LEP qui place le plafond actuel, soit 7 700 € :
- à 1,40 % sur un Livret A : environ 108 € d’intérêts bruts par an,
- à 2,40 % sur un LEP : environ 185 € par an.
Vous gagnez ainsi plus de 77 € supplémentaires chaque année. Sur plusieurs années, ce surplus contribue réellement à adoucir la hausse du coût de la vie, tout en restant sur un placement garanti et liquide.
Que faire concrètement dès maintenant ?
Face aux nouveaux taux attendus au 1er janvier et au 1er février 2026, l’objectif n’est pas de tout bouleverser du jour au lendemain. Vous pouvez déjà poser quelques actions simples, mais très efficaces.
- Vérifier votre éligibilité au LEP : si vous y avez droit, ouvrez-le ou complétez-le en priorité, avant de remplir votre Livret A à ras bord.
- Contrôler le taux de votre PEL actuel : surtout s’il date d’avant 2011. Ne le clôturez jamais sans avoir comparé son rendement réel avec celui d’un nouveau PEL à 2 %.
- Limiter les excédents sur Livret A ou LDDS : au-delà de votre réserve de sécurité, demandez-vous si cet argent n’aurait pas plus d’intérêt sur un PEL, une assurance-vie ou un autre support.
- Clarifier vos projets à 3, 5 ou 10 ans : achat immobilier, études, changement de vie. Vos objectifs doivent guider le choix entre sécurité maximale et placements plus porteurs.
En résumé, chaque euro n’a pas besoin d’être au même endroit ni de servir le même but. Les nouveaux taux de 2026 ne ferment pas les portes de votre épargne. Ils vous poussent plutôt à mieux choisir celles que vous décidez, sereinement, d’ouvrir.


